Politique

Au Gabon, « le coup d’État permanent » ou le dilemme de la cohérence politique

Libreville, Mardi 7 Octobre 2025 (Infos Gabon) – Dans une tribune publiée mardi, Télesphore Obame Ngomo, ancien conseiller spécial du président de la République, signe un texte vigoureux intitulé « Le coup d’État permanent n’aura pas lieu au Gabon ».

En empruntant à François Mitterrand le titre de son célèbre essai de 1964, l’auteur s’inscrit dans une réflexion plus large sur la concentration du pouvoir, la cohérence politique et la tentation de l’exception permanente dans le débat public gabonais.

Le rappel à la cohérence

Obame Ngomo s’adresse d’abord aux acteurs politiques qui avaient rejeté la nouvelle Constitution de 2024 au nom de la séparation des pouvoirs, mais qui, aujourd’hui, demandent au chef de l’État d’annuler les élections législatives et locales.

Pour lui, cette posture traduit une contradiction fondamentale : « on ne peut pas, écrit-il en substance, dénoncer la concentration des pouvoirs d’un côté, et réclamer un acte unilatéral de l’autre ».

L’auteur situe le cœur du débat non pas dans la légitimité des frustrations électorales, mais dans la responsabilité politique et institutionnelle : appeler à une telle annulation reviendrait, selon lui, à ouvrir la voie à un « coup d’État permanent », c’est-à-dire à une déstabilisation répétée du cadre démocratique au gré des rapports de force.

Une critique de la classe politique

Le texte s’attaque aussi à ce que l’auteur nomme « la détresse politique légitime » d’une partie de la classe politique, accusée de masquer des ambitions personnelles derrière le discours du peuple.

Il y voit une dérive opportuniste, celle de formations politiques fragilisées par les nouvelles dispositions de la loi électorale et par leurs propres échecs dans les urnes.

Tout en reconnaissant que la démocratie reste « une réalité à penser et à améliorer », Obame Ngomo souligne la responsabilité morale des acteurs politiques : celle de maintenir une ligne de cohérence entre le discours et l’action, la revendication et la règle de droit.

Les failles du scrutin et la crédibilité du régime de transition

L’auteur ne nie pas les irrégularités du scrutin : il évoque la fraude, le manque de transparence et le transport d’électeurs, rappelant que ces pratiques rappellent celles de l’ancien régime.
Mais il en tire une conclusion différente de celle de certains opposants : pour lui, ces dérives doivent être corrigées par la loi et sanctionnées par la justice, non par un acte politique d’annulation générale.

Ce passage est central : il relie le présent au « narratif fondateur » du coup d’État d’août 2023, dont la promesse principale était justement de restaurer la transparence électorale et l’État de droit.

Dès lors, toute décision hâtive risquerait, selon lui, de fragiliser la légitimité du pouvoir de transition et de démentir les raisons mêmes du renversement d’Ali Bongo Ondimba.

Une mise en garde républicaine

En filigrane, la tribune de Télesphore Obame Ngomo est aussi une adresse directe au président Brice Clotaire Oligui Nguema : ne pas céder à la pression, ne pas transformer l’exception en habitude.

Car, prévient-il, céder à la demande d’annulation reviendrait à « créer une jurisprudence suicidaire pour l’État de droit » et à installer durablement le pays dans la logique du coup d’État permanent.

La dernière phrase, incisive, sonne comme un rappel à la mémoire collective : « Sinon, qu’avons-nous alors reproché à Ali Bongo, à sa famille et à l’ancien régime ? »

En d’autres termes, le risque serait de voir la transition, née d’un sursaut démocratique, reproduire les dérives qu’elle avait promis de corriger.

Ce qu’il faut retenir

Ce texte, au ton ferme et érudit, met le doigt sur le nœud du débat politique actuel au Gabon : la tension entre l’exigence démocratique et la tentation du raccourci institutionnel.
Il appelle les acteurs politiques à une maturité démocratique, et les institutions à une constance juridique, afin d’éviter que le pays ne s’installe dans la culture de la rupture permanente.

Au-delà du contexte gabonais, la tribune résonne comme une méditation sur la fragilité des transitions et sur le besoin, pour les démocraties émergentes, de ne pas sacrifier la règle au profit du moment.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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