Politique

Depuis le 30 août, le Gabon accélère et change d’échelle

Libreville, Mardi 1er Sepembre 2026 (Infos Gabon) – Trois ans après le 30 août 2023, le Gabon présente un visage sensiblement différent. La transformation engagée depuis la Transition ne se lit plus seulement dans les discours officiels mais dans une succession de chantiers qui modifient progressivement les infrastructures, les services publics et les capacités économiques du pays.

De Libreville à Makokou, de Port-Gentil à Franceville, des routes sont aménagées, des hôpitaux construits ou réhabilités, des marchés modernisés, des logements sortent de terre, des équipements administratifs sont livrés et de nouveaux instruments financiers apparaissent.

Cette accélération constitue l’un des faits majeurs des trois dernières années. Mais elle pose désormais une question plus exigeante. Le Gabon entre-t-il véritablement dans un nouveau cycle de développement ou assiste-t-il encore à une succession de projets dont l’efficacité dépendra de leur achèvement, de leur maintenance et de leur capacité à produire durablement de l’emploi et de la richesse ?

Libreville, laboratoire de la transformation

La capitale concentre une partie spectaculaire de cette mutation. La Cité de la Démocratie, longtemps associée à l’abandon et à la dégradation, fait l’objet d’une vaste réhabilitation. Le complexe, implanté sur environ 434 hectares, comprend notamment un centre de congrès, un centre présidentiel, un palais présidentiel, des villas, des équipements techniques et plusieurs kilomètres de voiries intérieures. Le site est désormais présenté comme l’un des grands symboles de la transformation de Libreville.

À quelques kilomètres, la Cité Émeraude, la Baie des Rois, la Tour de Libreville et plusieurs opérations d’aménagement urbain recomposent progressivement le paysage de la capitale. En juillet 2026, le président avait encore effectué une tournée de terrain à Libreville et Akanda pour accélérer l’exécution de plusieurs chantiers, avec notamment plus de 300 travailleurs mobilisés sur deux opérations majeures.

L’autre chantier majeur se situe dans l’éducation supérieure. Le complexe universitaire du Cap Estérias, à Akanda, doit accroître les capacités d’accueil du pays et accompagner l’augmentation des effectifs universitaires. Le gouvernement travaille à son opérationnalisation tandis que le président a annoncé, en août, la poursuite et l’achèvement du projet de l’Université polyvalente du Cap Estérias, avec des formations notamment destinées aux métiers liés au développement économique national. (Gouvernement gabonais, Présidence de la République)

Cette offensive universitaire ne concerne d’ailleurs pas uniquement les nouvelles constructions. En août 2026, une enveloppe exceptionnelle de 9 milliards de FCFA a été débloquée pour réhabiliter les trois grandes universités publiques, l’Université Omar Bongo, l’Université des Sciences et Techniques de Masuku et l’Université des Sciences de la Santé. Les travaux doivent notamment améliorer les conditions d’accueil et d’apprentissage.

La capitale concentre donc un double mouvement. Une modernisation urbaine destinée à améliorer l’image et le fonctionnement de la métropole, et une remise à niveau des infrastructures destinées à préparer le capital humain.

Des provinces qui commencent à rattraper leur retard

Le changement est cependant loin de se limiter à Libreville. C’est même l’un des traits les plus significatifs de la période. À Makokou, la séquence du 30 août 2026 a montré une concentration impressionnante d’investissements. Bâtiment administratif, marchés, logements, établissement scolaire, infrastructures hydrauliques, hôtel, banque et équipements de sécurité ont été inaugurés ou mis en service.

À Booué, un nouvel hôpital départemental, un commissariat et une station de production d’eau potable viennent renforcer les services essentiels. À Ovan et Mékambo, de nouveaux équipements administratifs et commerciaux ont également été livrés. La logique affichée est de réduire progressivement la distance entre les citoyens des provinces et les services dont bénéficient plus facilement les grands centres urbains.

Le mouvement touche aussi les infrastructures de transport. Le gouvernement annonce actuellement 1 886,40 kilomètres de routes en cours d’aménagement à travers le pays. Parmi les principaux axes figurent Ovan-Makokou, Ntoum-Cocobeach, Moanda-Bakoumba, ainsi que plusieurs sections de la Transgabonaise et l’axe Alèmbé-Carrefour Le Roy-Mikouyi.

Le choix de faire du désenclavement une priorité répond à une réalité économique. Une route ne sert pas seulement à déplacer des personnes. Elle conditionne l’accès aux marchés, le transport des récoltes, les évacuations sanitaires, l’implantation des entreprises et la circulation des marchandises.

La transformation économique suit le même chemin. La zone industrielle de Nkok poursuit son développement autour de la transformation locale du bois. L’agriculture bénéficie d’un programme d’urgence avicole, tandis que le gouvernement cherche à structurer davantage les filières productives. Le projet de fer de Bélinga doit, lui, devenir l’un des moteurs de la transformation économique de l’Ogooué-Ivindo.

Dans cette nouvelle architecture, les banques et les outils de financement commencent également à sortir du seul Grand Libreville. L’installation de la BCEG à Makokou constitue un exemple de cette volonté de rapprocher le crédit des entrepreneurs provinciaux.

L’objectif de fond apparaît clairement. Il ne s’agit plus seulement de construire quelques infrastructures emblématiques, mais d’installer progressivement un réseau de services capables d’accompagner le développement des territoires.

Le prochain combat sera celui de l’efficacité

C’est ici que le bilan doit devenir plus critique. Le Gabon a accéléré l’investissement, mais l’accélération des chantiers ne garantit pas leur efficacité économique. Un hôpital sans personnel, une station d’eau mal entretenue, une route rapidement dégradée, une université sans équipements adaptés ou une zone industrielle insuffisamment connectée à l’économie nationale pourraient transformer l’investissement initial en dépense durablement improductive.

Le gouvernement lui-même a identifié plusieurs faiblesses. En 2025, les autorités évoquaient notamment des difficultés de maturation des projets, des lenteurs administratives, des déficits de compétences techniques et la nécessité d’améliorer le suivi et l’évaluation des investissements publics.

La contrainte financière ajoute une difficulté supplémentaire. Les grands investissements doivent être conciliés avec la soutenabilité budgétaire. Le Fonds monétaire international appelle régulièrement le Gabon à renforcer la gouvernance des finances publiques et à préserver sa stabilité macroéconomique. La question n’est donc plus de savoir si l’État doit investir, mais comment chaque franc investi peut produire le maximum d’impact.

L’autre grande lacune reste l’emploi. L’économie gabonaise doit absorber une jeunesse nombreuse alors que la Banque mondiale estime qu’environ un jeune sur trois est au chômage. La croissance des infrastructures devra donc progressivement se traduire en activités productives, en PME, en emplois qualifiés et en revenus.

L’accès à l’eau et à l’électricité demeure également un chantier prioritaire. Les écarts entre zones urbaines et rurales restent importants, obligeant l’État à investir simultanément dans la production, les réseaux, la maintenance et la gouvernance des opérateurs.

Enfin, la transformation économique devra dépasser l’effet d’annonce autour des grands projets miniers ou industriels. Bélinga, le bois, l’agriculture et les infrastructures ne créeront une prospérité durable que si les entreprises gabonaises captent davantage de valeur, si les jeunes sont formés aux métiers recherchés et si le contenu local devient une réalité mesurable.

Trois ans après le 30 août 2023, le Gabon peut donc présenter un bilan qui mérite d’être pris au sérieux. Les chantiers sont nombreux, les investissements sont visibles et la transformation n’est plus limitée à la capitale. Libreville connaît une profonde reconfiguration avec la Cité de la Démocratie, la Cité Émeraude, la Baie des Rois et les nouveaux équipements universitaires. Les provinces connaissent parallèlement un effort inédit en matière de routes, d’eau, de santé, d’administration, de logement et d’activité économique. Mais cette première phase ne constitue qu’un commencement.

La prochaine exigence sera celle de l’efficacité. Achever les chantiers, respecter les délais, maîtriser les coûts, assurer la maintenance, lutter contre les fuites financières, produire des emplois et mesurer les résultats devront désormais devenir les critères centraux du bilan. Le Gabon a posé beaucoup de pierres depuis 2023. La prochaine étape sera de construire avec elles une économie capable de tenir debout sans dépendre éternellement de nouveaux investissements publics.

C’est à cette condition que la promesse de transformation deviendra une réalité durable et que le 30 août 2023 pourra être jugé non seulement sur la rupture qu’il a provoquée, mais sur le pays qu’il aura contribué à faire naître.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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