Économie bleue : le Gabon face au défi de transformer son potentiel maritime en richesse réelle
Libreville, Vendredi 27 Février 2026 (Infos Gabon) – Sous les lustres feutrés du Complexe hôtelier de la Sablière, à Libreville, experts, responsables publics et partenaires techniques ont dressé un constat sans détour : le Gabon dispose d’un espace maritime généreux, mais peine encore à en faire un véritable moteur de croissance.
Le 25 février, un atelier organisé dans le cadre du programme PROBLUE de la Banque mondiale a marqué une étape clé dans cette réflexion stratégique. Autour de la représentante résidente Aïssatou Diallo et du ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, les discussions ont mis en lumière les fragilités d’un secteur pourtant central pour l’avenir du pays.
Un potentiel maritime sous-exploité
Le diagnostic présenté par les experts mandatés dans le cadre de PROBLUE met en évidence un paradoxe persistant : malgré des ressources halieutiques importantes et un arsenal juridique fourni, la pêche maritime contribue encore modestement à l’économie nationale.
En cause, selon les analyses partagées lors de l’atelier : une gouvernance trop administrative, un déficit criant de données fiables, aucune consolidation statistique d’ampleur depuis 2014, et une structuration insuffisante des chaînes de valeur. Résultat : une filière qui fonctionne, mais sans atteindre son plein rendement économique ni social.
Ce manque de pilotage stratégique freine la diversification de l’économie et limite la capacité du pays à bâtir une véritable « économie bleue » compétitive.
Des réformes désormais sur la table
Au terme des échanges, plusieurs axes de réforme ont émergé avec un relatif consensus.
La professionnalisation progressive de la pêche artisanale figure parmi les priorités, avec l’objectif d’améliorer la productivité tout en garantissant la durabilité des pratiques. La révision du système d’accès à la ressource et des mécanismes de redevance est également envisagée afin d’assurer une exploitation plus équitable et économiquement viable.
Autre chantier sensible : la modernisation des plans d’aménagement marins, qui devront concilier impératifs de conservation et exigences de rentabilité. Enfin, la refonte du système statistique national, appuyée sur la digitalisation et une responsabilisation accrue des opérateurs, apparaît comme un préalable indispensable à toute réforme sérieuse.
Sans données fiables, pas de politique publique efficace.
Souveraineté alimentaire et enjeu social
Au-delà des considérations techniques, les autorités ont insisté sur la dimension stratégique du secteur halieutique. Pour le ministre Aimé Martial Massamba, il ne s’agit pas simplement d’améliorer des indicateurs économiques, mais de renforcer la souveraineté alimentaire et la sécurité nutritionnelle du pays.
La représentante de la Banque mondiale a, de son côté, rappelé que la pêche maritime touche à des enjeux plus larges : création d’emplois, valorisation des ressources nationales, protection des écosystèmes marins. Autant de défis qui imposent un équilibre délicat entre exploitation et préservation.
Du diagnostic à l’action
L’atelier PROBLUE pourrait ainsi marquer un tournant, à condition que les recommandations ne restent pas lettre morte. Car le véritable défi commence maintenant : traduire les orientations techniques en décisions politiques concrètes, assorties de moyens financiers et d’un calendrier clair.
Le Gabon dispose d’un littoral stratégique et d’un potentiel maritime reconnu. La question n’est plus de savoir s’il faut réformer, mais à quelle vitesse et avec quelle détermination.
Passer d’une logique de simple régulation administrative à un pilotage intégré et orienté vers les résultats : tel est le cap annoncé. Reste à voir si cette ambition se traduira, sur les quais et dans les communautés de pêcheurs, par une transformation visible et durable.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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