Gabon : La SNI accélère sur le logement
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le logement gabonais entre dans une phase où les annonces doivent désormais céder la place aux chantiers. Samedi 5 septembre 2026, le directeur général de la Société nationale immobilière, Jean-Pierre Ondounda, a effectué une tournée sur plusieurs sites d’Owendo, de Nkok et d’Essassa.
Derrière cette visite de terrain se dessine une stratégie plus large, répondre à la demande de logements, sécuriser l’accès au foncier et organiser progressivement l’expansion urbaine du Grand Libreville.
À Owendo, sur le site de la Cité Rose, qui s’étend sur 100 hectares, les travaux ont commencé depuis environ un mois. Une centaine de parcelles ont déjà été dégagées et une centaine de logements sont annoncés comme construits. Le terrassement doit se poursuivre pendant trois mois, avant une phase de construction estimée entre six mois et un an. Le site avait également reçu la visite du ministre du Logement, Mays Mouissi, signe du suivi politique accordé à cette opération.
À Nkok, à environ 27 kilomètres de Libreville, le dispositif prend une autre dimension. La zone couvre près de 2 000 hectares, dont 800 destinés à la construction. Une centaine de logements sont actuellement en édification et près de 300 parcelles sont déjà aménagées. À Essassa, sur 200 hectares, environ 2 500 parcelles ont été dégagées et près de 1 500 personnes intégrées au programme. La construction de 1 600 logements doit y commencer la semaine suivante, selon la direction générale de la SNI.
Ces chiffres doivent être replacés dans un programme national beaucoup plus vaste. Le 2 juin dernier, Brice Clotaire Oligui Nguema avait lancé les travaux de 3 100 logements à Bikélé et Essassa, avec 1 600 unités prévues à Bikélé et 1 500 à Essassa. Le gouvernement présente cette opération comme l’un des axes majeurs de sa politique destinée à accroître l’offre immobilière accessible aux Gabonais.
L’autre dimension du dispositif est foncière. En avril, la SNI avait ouvert la commercialisation de 2 500 parcelles réparties entre Essassa, Akanda, Port-Gentil, Nkok, Bikélé, Franceville et Moanda. À Essassa, le prix avait été fixé à 5 500 francs CFA le mètre carré pour la première phase, soit 2,75 millions pour 500 mètres carrés. L’acquisition auprès de la SNI ouvre également droit à un titre foncier, ce qui constitue un élément central dans un pays confronté aux occupations irrégulières et aux incertitudes sur les droits de propriété.
Construire mais surtout sécuriser
Le développement immobilier ne peut pourtant pas être réduit au nombre de maisons bâties. Pour que ces nouveaux quartiers deviennent de véritables morceaux de ville, ils devront être accompagnés par les routes, l’eau, l’électricité, l’assainissement, les écoles, les commerces et les transports. La concentration des programmes autour d’Essassa, Nkok, Bikélé et Owendo montre précisément que le Grand Libreville est en train de repousser rapidement ses limites urbaines.
Cette expansion rend également indispensable une planification plus rigoureuse. La régularisation foncière engagée par les autorités vise déjà à sécuriser les droits de milliers de familles installées sur des terrains relevant de la SNI. En mai 2026, le gouvernement indiquait que 4 200 familles avaient déjà été régularisées dans plusieurs zones du Grand Libreville.
L’enjeu est donc double. Produire rapidement du logement tout en évitant de reproduire les désordres fonciers et urbains qui ont accompagné l’expansion de la capitale. À terme, la valeur d’un programme immobilier se mesurera autant à la qualité des constructions qu’à la sécurité juridique des ménages et à l’environnement urbain dans lequel ils vivront.
Le financement reste la clé
La procédure présentée par Jean-Pierre Ondounda cherche par ailleurs à élargir l’accès aux parcelles. Les demandeurs doivent constituer un dossier auprès de la SNI, obtenir une lettre d’attribution puis procéder au paiement. Contrairement aux rumeurs évoquées par le responsable, le règlement ne serait pas nécessairement exigé en une seule fois. Des échéanciers d’un ou deux ans peuvent être proposés selon les sites, tandis que les travailleurs non salariés doivent notamment justifier l’origine des fonds.
Cette possibilité est importante pour une politique de logement qui veut toucher une population plus large. Mais elle pose aussi la question de la capacité réelle des ménages à financer simultanément le terrain et la construction. L’accès à la parcelle n’est que la première étape. Le véritable défi consistera à permettre aux familles de transformer leur propriété foncière en logement achevé, sans s’enfermer dans un endettement excessif.
La SNI dispose désormais d’un portefeuille de programmes suffisamment important pour peser sur la structure future du Grand Libreville. Sa responsabilité sera de maintenir le rythme des travaux, mais également de garantir la qualité, la transparence des attributions et la sécurisation juridique des acquisitions.
La tournée de samedi montre que le gouvernement veut accélérer. Le véritable succès se mesurera cependant autrement, lorsque les parcelles aménagées deviendront des quartiers vivants, équipés et accessibles, et lorsque davantage de familles pourront effectivement accéder à un logement décent.
Le Gabon ne manque plus de foncier identifié ni de programmes annoncés. Il doit maintenant démontrer qu’il sait transformer ces réserves en villes bien planifiées, en propriété sécurisée et en logements réellement accessibles. C’est à cette condition que la politique immobilière cessera d’être une réponse ponctuelle à la crise pour devenir un véritable outil d’aménagement du territoire.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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