Economie

Le Gabon veut accélérer avec la Banque mondiale

Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, le temps des financements annoncés doit désormais céder la place à celui des projets visibles. C’est le message porté le 3 septembre 2026 à Libreville par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault lors de sa rencontre avec Sylvain Kakou, nouveau représentant résident du Groupe de la Banque mondiale.

Les deux parties ont arrêté une feuille de route destinée à accélérer l’exécution des projets publics et à mieux aligner les financements sur les priorités du Plan national de croissance et de développement.

La discussion intervient dans un contexte où l’appui financier de la Banque mondiale au Gabon est loin d’être marginal. Au 31 juillet 2026, son portefeuille recensait 30 projets pour un montant cumulé d’engagements de 1,61 milliard de dollars. Parmi les opérations récentes figure notamment un financement de 150 millions de dollars approuvé en février 2026 pour améliorer l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’électricité et renforcer la performance des opérateurs publics.

L’enjeu est donc moins de trouver de nouveaux partenaires que de mieux transformer les financements existants en résultats. Eau potable, électricité, infrastructures urbaines, services sociaux et transformation numérique figurent parmi les domaines désormais placés sous surveillance renforcée. Cette orientation rejoint directement les priorités de la Banque mondiale au Gabon, qui portent sur la qualité des services publics, l’accès aux services sociaux, la résilience des villes et la création d’emplois dans le secteur privé hors pétrole.

Hermann Immongault reconnaît lui-même les faiblesses qui ont ralenti certains projets par le passé, notamment le cloisonnement administratif, les chevauchements de compétences et le suivi insuffisant de l’exécution. Le gouvernement veut désormais imposer une coordination plus étroite entre ministères et partenaires techniques et financiers, avec l’objectif de réduire les délais entre la décision, le financement et la réalisation.

Des milliards qui doivent atteindre le terrain

La Banque mondiale partage cette exigence. Sylvain Kakou, nommé en juillet 2026 pour diriger la représentation du Groupe au Gabon, a fait de l’impact du portefeuille l’une de ses priorités. Il est chargé de renforcer les partenariats avec l’État, le secteur privé et la société civile, mais aussi de coordonner l’action du Groupe autour de la réduction de la pauvreté, de la création d’emplois et de la mobilisation de capitaux privés.

Le dossier de l’eau et de l’électricité illustre parfaitement cette nouvelle approche. Le projet PASBAP doit bénéficier à environ 535 000 personnes et vise à améliorer à la fois l’accès et la fiabilité des services. La Banque mondiale rappelle pourtant que les taux d’accès urbains masquent d’importantes difficultés de qualité et de continuité, tandis que l’accès reste beaucoup plus faible dans les zones rurales.

Cette réalité impose de changer l’indicateur de succès. Une enveloppe financière n’est pas encore un résultat, pas plus qu’un marché signé ne constitue une infrastructure achevée. Le véritable indicateur devient le nombre de ménages raccordés, les quartiers desservis, les heures d’électricité gagnées, les kilomètres de réseaux livrés, les emplois créés ou encore les services numériques effectivement accessibles aux citoyens.

Une nouvelle discipline d’exécution

Cette exigence touche également les projets urbains. Le Gabon dispose d’un projet de développement urbain financé par la Banque mondiale, destiné notamment à renforcer la résilience climatique, les infrastructures et les services dans plusieurs villes secondaires. Les documents de projet mettent aussi l’accent sur le transport, la mobilité, l’assainissement, la gestion municipale et la gouvernance locale.

La transformation numérique représente un autre champ de coopération. Le projet Digital Gabon vise notamment à améliorer les services publics numériques, l’identité numérique et l’efficacité administrative. Là encore, la question ne sera pas seulement de déployer des outils, mais de mesurer leur utilisation réelle et leur capacité à simplifier la relation entre l’État et les citoyens.

La feuille de route conclue entre Hermann Immongault et Sylvain Kakou prend ainsi une dimension plus politique qu’un simple accord de coordination. Elle constitue une tentative de remettre l’exécution au centre de la coopération au développement. Le Gabon veut aller plus vite, la Banque mondiale veut mesurer davantage l’impact de ses financements.

Le test sera désormais brutalement concret. Les populations n’évaluent pas un partenariat international à son volume financier, mais à l’eau qui arrive au robinet, à l’électricité qui ne coupe plus, à la route qui devient praticable ou au service public qui fonctionne enfin.

Le Gabon dispose déjà d’une partie des ressources nécessaires. Son prochain défi est de construire la discipline administrative capable de les transformer rapidement en résultats. Dans cette nouvelle phase, la question ne sera plus combien le pays mobilise, mais combien de projets il achève, combien de vies il améliore et combien de valeur économique il crée avec chaque franc ou chaque dollar engagé. C’est sur cette équation, beaucoup plus exigeante, que se jouera désormais la crédibilité du partenariat entre Libreville et la Banque mondiale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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