Politique

Gabon : L’argent social sous surveillance

Libreville, Vendredi 4 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Les 1 700 milliards de francs CFA annoncés par la Cour des comptes ont désormais quitté le seul terrain des chiffres judiciaires pour devenir un sujet politique et social.

Dans une déclaration rendue publique le 4 septembre 2026, l’ancien ministre Franck Nguema appelle à une protection beaucoup plus rigoureuse des ressources publiques, particulièrement lorsqu’elles sont destinées aux populations vulnérables. Sa formule résume sa préoccupation, « l’argent des pauvres doit arriver aux pauvres ».

La réaction intervient après le bilan présenté par le Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou. La juridiction financière fait état de près de 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes devant être restitués à l’État. Le montant ne constitue pas une recette déjà disponible dans les caisses publiques. Il représente des sommes dont le recouvrement reste à effectuer selon les procédures applicables.

Cette précision est essentielle, mais elle ne réduit pas la portée politique du chiffre. La Cour indique avoir contrôlé plusieurs domaines sensibles, notamment la sécurité sociale, les évacuations sanitaires et le Fonds des Gabonais économiquement faibles. Deux audits ont également porté sur la CNAMGS. Lorsque des ressources destinées à la protection sociale font l’objet de contrôles et de sanctions financières, la question n’est plus uniquement celle de la discipline comptable. Elle touche directement à la capacité de l’État à protéger ceux qui disposent du moins de moyens.

Franck Nguema estime ainsi que chaque franc affecté à la solidarité nationale doit pouvoir être suivi jusqu’à son bénéficiaire final. Il apporte par ailleurs son soutien à la volonté affichée par le par le président Brice Clotaire Oligui Nguema de lutter contre la corruption, la gabegie et l’impunité, mais considère que cette orientation doit désormais s’appuyer sur des mécanismes beaucoup plus systématiques.

Parmi ses propositions figure d’abord l’accélération du recouvrement des sommes dues lorsque les décisions sont devenues définitives. Cette exigence rejoint le principal défi identifié par la Cour elle-même. Après les contrôles et les sanctions, vient l’épreuve de l’exécution. Le parquet général est appelé à assurer le suivi du recouvrement, ce qui doit permettre de réduire l’écart entre une décision judiciaire et son effet financier réel.

L’ancien ministre préconise également un audit permanent des financements sociaux, un renforcement du contrôle interne et la mise en place effective du Registre social national unifié. La digitalisation des prestations doit, selon lui, permettre de suivre les fonds depuis leur inscription budgétaire jusqu’au versement au bénéficiaire. Il propose encore un Fonds national de lutte contre la pauvreté soumis à des audits réguliers et à la publication de ses ressources, dépenses et résultats.

Des milliards qui doivent retrouver une destination

Une partie importante de ses recommandations concerne la santé. Il souhaite notamment renforcer les contrôles des paiements de la CNAMGS aux établissements et professionnels, afin de pouvoir rapprocher les prestations facturées des actes effectivement réalisés. La dématérialisation et l’automatisation pourraient servir à détecter plus rapidement les doublons, anomalies ou éventuelles surfacturations.

Cette approche pose une question fondamentale de gouvernance. Dans les politiques sociales, la transparence ne doit pas s’arrêter au niveau du budget voté ou des crédits engagés. Elle doit permettre de savoir qui bénéficie réellement de la dépense publique et quel résultat celle-ci produit. Une allocation versée à la mauvaise personne, une prestation fictive ou une facture indûment majorée ne représente pas seulement une anomalie comptable. C’est potentiellement une ressource retirée à quelqu’un qui en avait besoin.

La sécurisation des médicaments participe du même raisonnement. Contrôler les prescriptions, les produits délivrés et les paiements effectués aux pharmacies permettrait de réduire les zones de vulnérabilité d’un système où chaque rupture de financement peut avoir des conséquences immédiates sur les patients.

Mais Franck Nguema prend également soin d’appeler à distinguer les irrégularités relevées par les organes de contrôle des responsabilités qui doivent être définitivement établies par les procédures compétentes. Cette prudence est indispensable. La lutte contre la mauvaise gestion ne peut elle-même s’affranchir des garanties de droit.

Le véritable test sera le recouvrement

La Cour des comptes a déjà commencé à publier davantage ses décisions et avis, avec notamment l’identification des justiciables concernés et les montants en cause. Cette politique de transparence peut contribuer à restaurer la confiance, à condition qu’elle soit accompagnée d’un suivi public des résultats.

Car le risque serait de voir se répéter un scénario devenu familier dans de nombreux systèmes publics. Un audit révèle des anomalies, une sanction est prononcée, un montant spectaculaire est annoncé, puis l’attention retombe sans que la population sache précisément ce qui a été récupéré.

Le chiffre de 1 700 milliards ne doit donc pas devenir un simple symbole. Il doit ouvrir une séquence de reddition des comptes. Combien a réellement été recouvré, auprès de qui, dans quels délais et au bénéfice de quelles politiques publiques doivent devenir des questions normales de gouvernance.

C’est ici que la formule de Franck Nguema prend toute sa portée. « L’argent des pauvres doit arriver aux pauvres » ne constitue pas seulement un slogan politique. C’est une exigence de traçabilité, de justice sociale et d’efficacité budgétaire. Dans un pays où l’État cherche à améliorer les services essentiels, chaque franc perdu dans une mauvaise gestion représente finalement moins de ressources pour la santé, la solidarité, l’éducation ou les infrastructures.

La nouvelle doctrine de gouvernance sera donc jugée sur sa capacité à fermer toute la chaîne, de la détection de l’irrégularité à la récupération de l’argent, puis à sa réaffectation au bien public. La Cour des comptes a ouvert la porte du contrôle. Le gouvernement et le parquet doivent maintenant démontrer que cette porte mène réellement au recouvrement et à la responsabilité.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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