Le Gabon ouvre une nouvelle ère industrielle avec Eramet
Libreville, Lundi 20 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Avec la signature d’un protocole d’accord à Paris, Libreville et son partenaire historique dans le secteur minier dessinent une feuille de route destinée à transformer localement le manganèse.
Derrière cette séquence diplomatique, c’est une nouvelle stratégie économique qui se met en place. Elle vise à faire évoluer le Gabon du statut d’exportateur de matières premières vers celui de producteur de valeur industrielle, tout en repositionnant les relations économiques entre l’Afrique et l’Europe autour d’une logique de co-développement.
Le 20 juillet 2026, à Paris, en marge de la visite d’État du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en France, un protocole d’accord a été signé entre l’État gabonais, le groupe Eramet et sa filiale gabonaise Eramet Comilog, en présence du président français Emmanuel Macron. L’accord, présenté par les deux parties comme une étape structurante, fixe une trajectoire commune destinée à renforcer la transformation locale du manganèse et à accélérer l’industrialisation du Gabon.
L’événement dépasse largement le cadre d’un simple accord sectoriel. Il traduit l’évolution d’une doctrine économique défendue par Libreville depuis l’installation de la Vème République, fondée sur une conviction simple. Les ressources naturelles ne doivent plus quitter le territoire sous leur forme brute mais devenir le socle d’une industrie nationale capable de créer des emplois, des compétences et davantage de richesse.
Transformer le manganèse plutôt que l’exporter
Premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, le Gabon possède l’une des ressources stratégiques les plus recherchées de la transition énergétique. Ce minerai est indispensable à la fabrication d’aciers spéciaux mais également aux nouvelles générations de batteries destinées aux véhicules électriques.
Le protocole prévoit une montée en puissance progressive de la transformation locale avec un objectif pouvant atteindre jusqu’à 700 000 tonnes de minerai traitées chaque année d’ici fin 2031.
Pour atteindre cette ambition, trois scénarios industriels sont envisagés. Le premier porte sur la construction d’une unité de production d’oxyde de manganèse destinée au marché mondial des batteries et des aciers de haute performance. Le deuxième concerne la modernisation du Complexe métallurgique de Moanda afin d’améliorer sa compétitivité et de relancer durablement sa production. Enfin, le troisième scénario prévoit la création d’une nouvelle usine d’alliages de manganèse à proximité de la façade maritime afin d’alimenter les marchés internationaux de la sidérurgie.
Cette stratégie marque une rupture importante avec le modèle économique qui a longtemps prévalu dans de nombreux pays producteurs de matières premières.
Une alliance fondée sur des engagements réciproques
Au-delà des investissements industriels, le protocole instaure une méthode de gouvernance commune. Un comité de suivi réunissant les représentants de l’État gabonais, du groupe Eramet et d’Eramet Comilog se réunira chaque trimestre afin d’évaluer l’avancement des projets et de lever les obstacles éventuels.
Libreville s’engage notamment à accompagner ces investissements en garantissant les conditions énergétiques indispensables au développement des futures unités industrielles. De son côté, le groupe français confirme sa volonté d’inscrire ces projets dans une logique de rentabilité industrielle durable.
La présidente-directrice générale d’Eramet, Christel Bories, a salué « une feuille de route ambitieuse, co-construite avec les autorités », rappelant que les équipes du groupe travaillent depuis plus d’un an avec les autorités gabonaises afin d’identifier les solutions industrielles les plus adaptées à cette nouvelle orientation.
Cette approche illustre une évolution des relations entre États et grands groupes industriels. Il ne s’agit plus uniquement d’exploiter une ressource mais de construire un écosystème économique complet autour de celle-ci.
Le pari d’une industrie bas carbone
L’accord ouvre également un second chantier particulièrement innovant avec le développement d’une filière gabonaise de biocharbon.
Produit à partir des résidus issus de l’exploitation forestière, ce combustible doit progressivement remplacer le coke métallurgique utilisé dans les procédés industriels. Son utilisation permettrait de réduire sensiblement l’empreinte carbone de la métallurgie du manganèse tout en créant une nouvelle activité industrielle.
Un four pilote fonctionne déjà à Lastourville en partenariat avec Precious Woods. Les études portent désormais sur la création d’une unité industrielle capable de produire 10 000 tonnes de biocharbon par an à l’horizon 2029.
Cette initiative relie deux secteurs majeurs de l’économie gabonaise, la forêt et les mines, dans une logique d’économie circulaire où les sous-produits de l’un deviennent les ressources de l’autre.
L’ambition de bâtir un véritable tissu industriel
L’un des volets les plus structurants du protocole concerne la création du fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon ».
Destiné à soutenir les entreprises nationales et à accompagner l’émergence de nouvelles activités manufacturières, ce mécanisme vise la création de près de 3 000 emplois industriels. L’objectif est d’encourager la naissance d’un véritable tissu de sous-traitance locale capable de profiter de l’essor des nouvelles filières.
Au-delà du manganèse, cette stratégie traduit une vision plus large de souveraineté économique. L’enjeu consiste à faire émerger une industrie nationale compétitive, capable d’attirer les investissements tout en conservant une part croissante de la valeur produite sur le territoire gabonais.
Le protocole signé à Paris constitue ainsi davantage qu’un accord industriel. Il marque une évolution profonde du partenariat entre le Gabon et l’un de ses principaux investisseurs historiques. Si les engagements annoncés se concrétisent dans les prochaines années, le pays pourrait devenir l’un des premiers producteurs africains à transformer massivement sur son territoire un minerai stratégique pour l’économie mondiale.
Dans un contexte où la transition énergétique redessine les chaînes de valeur internationales, cette orientation pourrait placer le Gabon au cœur de la nouvelle géographie industrielle des métaux critiques.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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