CEMAC : les banques face au nouveau risque
Libreville, Mardi 29 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Malabo, la régulation bancaire d’Afrique centrale a changé de focale. Réunis le 25 septembre autour de Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC et président de la COBAC, les principaux acteurs de la profession bancaire et financière de la CEMAC ont confronté leurs pratiques aux risques qui redessinent déjà le secteur. Finance durable, résilience, paiements numériques et intelligence artificielle étaient au cœur de cette 15e réunion annuelle de concertation.
L’enjeu dépasse désormais la seule solidité comptable des établissements. Le système financier régional entre dans une période où les risques environnementaux, les vulnérabilités numériques et les nouvelles technologies peuvent rapidement se transformer en risques financiers. Pour le superviseur comme pour les banques, le défi consiste donc à accompagner l’innovation sans laisser celle-ci créer de nouvelles zones de fragilité.
Cette évolution explique l’importance prise par le dialogue de Malabo. La concertation annuelle entre la COBAC et les professionnels constitue un espace où le régulateur peut confronter ses exigences aux réalités opérationnelles des banques, des établissements de microfinance et des acteurs du paiement.
La finance durable devient un sujet prudentiel
L’intégration progressive des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’activité bancaire marque un changement de paradigme. L’ESG n’est plus seulement associé à l’image des entreprises ou à leurs engagements environnementaux. Il tend à devenir un élément de l’analyse du risque et, par conséquent, de la décision financière.
Dans une région où les économies restent fortement exposées aux matières premières, aux infrastructures et aux aléas climatiques, cette évolution oblige les banques à mieux apprécier la vulnérabilité de leurs clients et des secteurs qu’elles financent. La question est désormais de savoir comment intégrer ces risques dans les politiques de crédit sans réduire la capacité de financement des économies.
La même logique prévaut pour les stress tests. Les simulations de crise permettent aux établissements d’évaluer leur capacité à absorber différents chocs et donnent au superviseur des outils pour identifier les vulnérabilités avant qu’elles ne deviennent systémiques. La COBAC entend ainsi renforcer une culture de prévention plutôt que de réaction.
Cette vigilance prend un relief particulier dans un secteur où les créances en souffrance restent une préoccupation. Des données évoquées lors de la réunion font état de 2 192,8 milliards de FCFA de créances en souffrance, représentant 15,42 % des crédits bruts de la zone.
Le paiement numérique accélère, le risque aussi
La transformation est encore plus visible dans les paiements. Mobile money, fintechs, nouveaux services numériques et solutions interopérables bouleversent progressivement les habitudes financières dans la CEMAC. Mais l’essor de ces nouveaux circuits oblige également le régulateur à renforcer la traçabilité et la protection des fonds de la clientèle.
À Malabo, les échanges ont notamment porté sur les relations entre établissements de paiement et agrégateurs, le traitement comptable de certaines opérations et les risques liés à la circulation des fonds des clients. Des questions relatives à l’accès aux codes USSD par certains établissements de microfinance ont également été soulevées.
Le message est clair : l’innovation financière ne peut progresser durablement que si elle repose sur des infrastructures sûres, des responsabilités clairement définies et des mécanismes de contrôle adaptés. Plus les transactions deviennent instantanées et dématérialisées, plus la capacité à détecter les anomalies, sécuriser les flux et protéger les utilisateurs devient déterminante.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle couche à cette équation. Elle peut améliorer la détection de la fraude, automatiser certaines opérations et renforcer l’analyse des données. Mais elle introduit aussi des risques nouveaux, notamment en matière de cybersécurité, de fiabilité des décisions automatisées et de protection des données. Les participants ont ainsi insisté sur la formation des personnels et sur une utilisation maîtrisée de ces technologies.
La CEMAC face à son virage technologique
Ce qui se joue à Malabo dépasse donc une simple mise à jour des règles bancaires. Le secteur financier régional doit désormais gérer simultanément plusieurs transformations : rendre les établissements plus résistants, intégrer les risques climatiques, sécuriser l’explosion des paiements numériques et préparer l’arrivée massive de l’intelligence artificielle.
Cette mutation pose également une question de souveraineté. La maîtrise des données, les infrastructures numériques et les compétences locales deviennent des composantes de la sécurité financière. L’idée d’une stratégie régionale d’intelligence artificielle, avec notamment des solutions pouvant être hébergées localement afin de mieux préserver la souveraineté des données, a été évoquée lors des échanges.
Pour les banques de la CEMAC, la prochaine étape ne sera donc pas seulement technologique. Elle sera institutionnelle. Les conseils d’administration devront mieux intégrer les risques émergents, les directions générales adapter leurs compétences et les superviseurs continuer à faire évoluer leurs instruments sans étouffer l’innovation.
La conclusion de Malabo tient dans cette équation. Une banque régionale plus numérique ne sera pas nécessairement une banque plus solide. Elle le deviendra seulement si la technologie s’accompagne d’une gouvernance plus rigoureuse, d’une gestion des risques plus sophistiquée et d’une protection renforcée des clients.
Pour la COBAC, le véritable enjeu est désormais de faire de cette transformation un facteur de stabilité plutôt qu’une nouvelle source de vulnérabilité. Pour les banques, il s’agit de démontrer que l’innovation peut aller de pair avec la confiance. C’est à cette condition que la finance pourra pleinement accompagner la transformation des économies de la CEMAC sans fragiliser le système qu’elle est précisément chargée de soutenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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